Quand une penne raconte l'Histoire

Parfois la petite histoire rencontre la grande, parfois même elle la raconte. J'avoue que j'ai commencé par secher un peu sur cette vénérable penne dont la lecture ne m'est pas parue évidente dès le départ.

Lorsque je l'ai reçue du fils de feu son propriétaire, il m'a donné une mission: comprendre la présence d'étoiles argentées alors que son père lui avait toujours dit n'avoir raté aucun examen, comprendre aussi la présence de deux écussons facultaires. A priori la tâche n'était pas facile mais je pense avoir réussi. Je vous livre ici ma réflexion et le fruit de mes recherches.

Il s'agit de la penne d'un étudiant en chimie comme nous le renseignent le premier écusson et le bandeau de velours mauve.

Si l'on en croit les étoiles et que l'on en fait une lecture "classique", on dirait que l'étudiant à réussi sa première année puis triplé sa seconde avant de terminer sans accroc la chimie. Il se serait ensuite inscrit à une année spéciale à Solvay et aurait placé une nouvelles étoile dorée sur un morceau de bandeau de la couleur adéquate s'offrant en plus la fantaisie d'un second écusson facultaire. Cette première lecture pose deux problèmes, elle suppose que l'ancien étudiant ait menti à ses enfants en prétendant ne jamais avoir raté d'examen mais aussi elle n'explique pas la présence de cette 5eme étoile dorée pour des études de chimie qui ne comptent que 4 ans. A propos de ce second problème on pourrait envisager une année spéciale en faculté des sciences, l'agrégation pourquoi pas, mais ça ne règle pas le problème du mensonge.

Pour comprendre ce charabia, il faut s'intéresser un peu à la personnalité du propriétaire de la penne et surtout à la date de son baptême le 28 janvier 1941.

Nous avons donc affaire à une penne "de guerre" et le baptême, plus que probablement clandestin, eut lieu à une date fort peu habituelle pour ce genre d' événement. Quand au propriétaire, il s'agissait de Jean Petit qui fut une des chevilles ouvrières des cours clandestins de la faculté des sciences entre novembre 1941 et la libération. Lire à ce sujet son intéressant témoignage dans l'ouvrage que l'A.Sc.Br. a consacré au sujet. Voilà que le parcours académique s'éclaire et que les étoiles deviennent lisibles, reprenons :
En octobre 1940 il commence sa première candidature en chimie. Il passe les examens et réussit son année, il place sa première étoile dorée.
En octobre 1941 il commence sa seconde candidature en chimie et place une deuxième étoile dorée, mais l'université ferme rapidement ses portes et Jean Petit entre en clandestinité. Il ne passe pas ses examens mais résiste et travaille aux cours clandestins.
En 1942 et 1943, il est toujours clandestin et ne passe toujours pas d'examens, mais s'estime toujours étudiant. Comme il ne réussit alors aucune session il place pour chacune des années une étoile argentée.
En septembre 1944, Bruxelles est libéré et l'univertsité rouvre rapidement ses portes, Jean Petit s'inscrit une nouvelle fois en seconde candidature et place donc une nouvelle étoile dorée.
Ensuite il poursuit normalement son cursus qu'il termine par une année spéciale à Solvay. Année pour laquelle il ajoute une dernière étoile dorée sur un ruban de couleur adéquate et un second écusson facultaire.

Et voilà comment, je pense, Jean Petit portait sur sa penne deux étoiles argentées sans pour autant n'avoir jamais raté d'examen.

Le reste des décorations de la penne ne manque pas non plus d'intérêt. Au dessus d'un lion, symbole de la Belgique libre on retrouve brodé un étudiant qui boit et rayonne, à côté du lion la mention "Un jour viendra". Je pense que le message est clair.

Et pour finir, l'université étant fermée, la penne de l'ULB est bien évidemment

Voici comment parfois par cette très belle penne, la petite histoire folklorique rejoint la grand Histoire de Belgique.



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